Entretien avec Pierre Habourdin, Head Groundsman aux Costières (2/2)

Seconde partie de notre entretien avec Pierre Habourdin, Head Groundsman sur les pelouses du Nîmes Olympique.

L’entretien de la pelouse

Suite à une formation à Arsenal, nous effectuons maintenant des scalpages à chaque inter-saison afin d’avoir un entretien plus facile en hiver et un meilleur visuel sur la qualité de la pelouse.

Cette opération consiste à retirer les déchets de la pelouse qui s’accumulent pendant la saison avec les tontes, les arrachements au cours du match. Nous en profitons également pour y incorporer environ 90T de sable pour le drainage du terrain puis nous ressemons le terrain avec des graines. En moyenne, il faut 7 à 8 semaines pour qu’il soit jouable.

Nous effectuons d’autres opérations un peu moins lourdes pendant les trêves internationales avec un défeutrage (appelé scarification pour les particuliers), top dressing, décompactage et regarnissage.

Nous complétons ainsi par des opérations légères en court de saison par les tontes, fertilisation, aération à lames et à broches. La hauteur de tonte peut varier en fonction de la saison et de la demande du staff, pour un match particulier, en fonction du type de jeu qu’il souhaite.

Pour la préparation d’un match, nous l’effectuons le jour même, nous faisons principalement le visuel (il faut environ 7H pour une personne). Nous commençons par une tonte avec une tondeuse hélicoïdale en long puis en large. Ensuite, le traçage puis le montage des buts fixes et mobiles. Nous complétons par un petit arrosage avant et/ou à la mi-temps si nécessaire et à la demande du staff. Nous avons mis des buts mobiles afin de préserver les zones de buts notamment avec les échauffements physiques des gardiens. Cela fait suite à la charte des pelouses de la LFP pour la préservation de la pelouse.

Après le match, nous faisons une remise en état ce qui consiste à remettre en place les tacles et les griffes afin que la pelouse se redensifie le plus vite possible puis une tonte à la rotative pour ramasser les petits déchets. Ensuite, une aération des points de regarnissage manuel et une fertilisation si nécessaire.

Cette saison, bon nombres de petites tâches vert clair sont apparues sur la pelouse ; rien de très grave, il s’agit d’une variété de gazon, le « paturin annuel » (une mauvaise herbe, peu populaire pour nous car impossibilité d’utiliser du sélectif afin d’éliminer cette herbe indésirable). Celle-ci provoque une surconsommation d’eau, d’engrais et malheureusement avec un faible enracinement. C’est pour cette raison que nous scalpons à l’inter-saison où nous pouvons peindre la pelouse ; ce qui n’est pas très écologique ni économique pour un défaut esthétique.

Durant ces derniers mois, nous nous sommes adaptés au contexte de la crise mondiale. Nous avons continué à faire l’entretien des pelouses normalement car nous attendions la décision finale de la LFP pour la fin de saison 2019-2020. De ce fait, nous avons profité pour réaliser des opérations d’entretien et de petites réparations plus tranquillement surtout à la Bastide où le temps nous manquait auparavant. Nous avons juste réduit l’alimentation du gazon et rehausser la hauteur de tonte pour qu’il ne soit pas au-dessus de ses besoins.

Le classement des pelouses

Depuis une dizaine d’année la Ligue a mis en place avec la charte, un classement des pelouses. Je suis évalué sur la qualité du tapis végétal, par les arbitres, les clubs et le réalisateur sur différents critères allant de l’aspect visuel à la souplesse en passant le rebond du ballon ou les appuis.

A Nîmes, le podium des pelouses n’est pas trop une priorité, nous essayons d’avoir une moyenne de 14 ce qui est déjà bien pour les moyens du club.

Nous ne pouvons pas jouer dans la même catégorie d’un part vue l’ancienneté de la pelouse, en Ligue 1 (les pelouses dates de 2016) mais aussi par le climat, (nous ne pouvons pas avoir la même pelouse à Lille qu’à Nîmes ou que Strasbourg ou Brest).

Le club essaye de prendre soin au maximum de sa pelouse, donc, de la qualité de jeu pour l’équipe, en me faisant confiance pour l’entretien mais aussi en ne faisant pas de concerts ou autres évènements qui pourraient détériorer cette surface comme j’ai pu connaitre au Stade Pierre Mauroy à Lille.

Nous avons connu, l’année dernière, un hiver particulier où j’avais même honte d’avoir une pelouse en cette état. C’était lors du mois de janvier 2019 et l’enchainement des matchs suite aux reports des manifestations des gilets jaunes.

Nous avions subi un match avec des conditions très pluvieuses avec Lille en décembre, puis nos opérations de régénération avant Noël n’ont pas été un succès à cause du froid et du mistral. La reprogrammation, a eu raison du dépérissement de la pelouse avec 4 matchs à domicile en 10 jours et c’est pour cela que nous avions bâché la pelouse avant le derby afin de protéger le tapis végétal restant. Puis, le printemps précoce nous a permis de corriger rapidement le manque de densité.

Une équipe de 3 personnes et demie entretiennent les pelouses du Nîmes Olympique. Nous formons également des apprentis. Des professionnels viennent d’autres stades comme les soirs de match, principalement pour les remises en état où nous sommes 6 à 8 agents en fonction des conditions météo et de l’état de la pelouse.

L’avantage du club est sa structure très familiale où nous pouvons communiquer très facilement avec les personnes, du staff à la direction. Mon adjoint et moi essayons de faire au mieux, pour satisfaire le club et surtout les joueurs afin qu’ils puissent pratiquer leur jeu comme ils le désirent et avec plaisir. Et si l’issue de la rencontre se traduit par une victoire, cela nous satisfait encore plus.

Retrouvez la partie 1 en cliquant-ici.

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